Centre ville vide

Centres-villes, centres vides : à qui la faute ?

5 min / Par Agathe Petit / Le 07 avril 2016 à 13 h 17 min

Les centres-villes dépérissent. Le bureau d’études PROCOS annonce un taux de vacance moyen de 8,5 % dans ces derniers. Mais toutes les communes ne sont pas logées à la même enseigne. Les petites et moyennes villes sont davantage impactées. Petit à petit, les zones marchandes en périphérie grignotent les petits commerces et il est de plus en plus difficile de résister à l’envahisseur. 


 

Même si la naissance des grandes surfaces dans les années 50 a clairement amorcé leur déclin, les hypermarchés ne sont pas seuls responsables de la diminution du nombre de commerces en centre-ville. Le prix des baux, des parkings ou simplement un désintérêt conscient ou non d’une partie des consommateurs sont autant de facteurs à prendre en compte.

« Il y a trop de commerces aujourd’hui en France »

Pascal Madry dirige actuellement l’Institut pour la Ville et le Commerce, une association réunissant des professionnels (promoteurs, distributeurs, aménageurs, collectivités, universitaires) et qui a pour vocation de mener une réflexion prospective sur la place du commerce dans la ville de demain. Interrogé sur France Inter, il explique : « La problématique a changé. Nous ne sommes plus seulement dans une concurrence centre-ville/périphérie. Il y a tout simplement trop de commerces aujourd’hui en France ! » Pour l’économiste, le prix du stationnement est un enjeu indirect : « C’est une condition de réussite du commerce, mais il faut avant tout un motif de venue. Autrefois, les centres-villes étaient au coeur de nos vies. Aujourd’hui, nous vivons majoritairement en périphérie. Seul un tiers des Français vit dans les centres-villes. Pour y ramener les populations, il ne faut pas penser uniquement au commerce, il faut penser travail, services publics, sport, etc. ».

La responsabilité des élus ?

Face à ce phénomène, les élus locaux sont-ils impuissants ? La réponse est non. Ils disposent d’outils d’aménagement urbain. Parmi eux, la « Zone d’Aménagement Concerté » (ZAC) qui permet de rénover et de réaménager en profondeur toutes les composantes d’un quartier (logements, bureaux, commerces, patrimoine, équipements structurants, etc.). Introduit par la loi d’orientation foncière du 30 décembre 1967, ce type d’opération n’en est pas moins long et contraignant. Il s’agit donc aussi d’une volonté politique. Cela dit, quel que soit le chantier – tramway, arrêt de bus, rénovations, aménagement d’une voie piétonne, etc. -, ces opérations d’urbanisme sont aussi très contraignantes et handicapantes, ce qui génère parfois l’opposition des commerçants de centre-ville.

« En dernier ressort, c’est toujours le choix des consommateurs qui prévaut », disait Roger Quillot, sénateur-maire de Clermont-Ferrand et ancien ministre du Logement. L’avenir des centres-villes se trouve vraisemblablement dans l’établissement non seulement d’une offre différente, mais aussi dans une réflexion urbanistique approfondie quant à nos futurs lieux de vie.


À La Roche-sur-Yon, de fausses vitrines pour doper l’attractivité

Fausse vitrine à la Roche-Sur-Yon / ©acté déco
Fausse vitrine à la Roche-Sur-Yon / ©acté déco

Rien n’est plus déprimant qu’une série de commerces aux rideaux tirés dans un centre-ville… Qu’à cela ne tienne ! À La Roche-sur-Yon en Vendée, la mairie a choisi de réagir de façon originale. Comme le rapporte le journal Sud-Ouest, c’est sous l’impulsion de la manager du centre-ville, chargée d’embellir les rues commerçantes, que les vitrines de sept boutiques vacantes ont été mises en valeur. Il s’agit d’immenses autocollants (des vitrophanies) présentant un décor attrayant de boutique, apposés sur les vitrines fermées. D’un côté, cela embellit et de l’autre, cela permet de susciter l’intérêt d’un éventuel porteur de projet. Objectif : attirer de nouveaux venus ! Au total, l’hypercentre compterait, selon Yannick Retailleau, président de l’association. Les vitrines de La Roche-sur-Yon, une vingtaine d’enseignes désertées. Optimiste, il insiste : « Le Centre-ville de La Roche-sur-Yon attire toujours les commerçants, puisque le taux de vacance est inférieur à 10 % alors que certaines villes à taille comparable dépassent les 20 %. » Certains secteurs sont plus durement touchés d’où « le projet de rénovation du quartier des Halles. »

« D’une façon générale, le commerce de centre-ville souffre de la conjoncture économique (…) et surtout du développement à outrance des zones commerciales en périphérie. »

Sur les causes de ce ralentissement, Yannick Retailleau évoque à la fois des éléments conjoncturels et systémiques : « D’une façon générale, le commerce de centre-ville souffre de la conjoncture économique, du prix des loyers (quelquefois prohibitifs et sur des bases qui n’ont plus lieu d’être) et surtout du développement à outrance des zones commerciales en périphérie. En ce qui nous concerne, Les Flâneries et Sud Avenue. Ce qu’il manque à ce jour dans le centre de La Roche c’est une ou deux grosses enseignes sur des cellules autour de 1000 m2 qui génèrent un flux supplémentaire et des nouvelles boutiques orientées vers le qualitatif et le service, différentes de celles que l’on trouve dans les centres commerciaux. »

Dans la préfecture de Vendée, la première heure de stationnement est gratuite. Mais jouir d’un parking abordable ne suffit pas à redorer l’attrait d’un centre-ville. D’ailleurs, pour Yannick Retailleau, il ne s’envisage pas uniquement sous l’angle de la consommation, mais également « par un aménagement urbain paysager agréable, dans lequel les habitants prennent du plaisir à flâner. Il faut que ce soit un lieu de promenade, d’animation et de balade familiale avec des zones piétonnes et du stationnement à proximité immédiate. »

Agathe Petit

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