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Les toilettes publiques, espace de tension pour les transsexuels

3 min / Par Jean-Mathieu Albertini / Le 23 février 2016 à 20 h 20 min

Discriminés et victimes de violence, les transsexuels Brésiliens se battent sur tous les fronts. Pour eux, il n’y a pas de petite victoire. Le dernier combat en cours : pouvoir utiliser les toilettes de son choix. Mais à chaque avancée, la pression des conservateurs augmente.


Brésil. Le 27 décembre 2015, Hannah Heri, transsexuelle, écume les bars avec un ami. La nuit bien avancée, elle part se remaquiller aux toilettes pour dames. Une femme, gênée, appelle la sécurité : l’ami d’Hannah qui lui vient en aide explique que c’est une transsexuelle. « C’est un homme et un pédé » répond le videur en lui assénant trois coups de poing qui cassent le nez d’Hannah. Une histoire banale, presque anodine dans un pays qui compte le plus grand nombre de transsexuels assassinés au monde, mais révélatrice de la situation.

À tel point qu’un cas similaire est actuellement jugé par le Tribunal Suprême Fédéral (STF), la plus haute cour de justice brésilienne, afin de déterminer si un transsexuel peut choisir les toilettes dans lesquelles il veut se rendre selon son identité de genre, c’est-à-dire selon le sexe auquel il se sent appartenir. Selon João Ricardo Costa, président de l’Association des Magistrats Brésiliens (AMB), « c’est une question primordiale, car c’est le traitement de ces personnes dans l’espace public, censé accueillir tout le monde sans discrimination, qui est en jeu ». Mais les magistrats ont repoussé le rendu de leur décision. Rien d’alarmant pour João Ricardo qui y voit une pratique habituelle du STF « même si le côté polémique du sujet a peut-être pu en freiner certains». L’un des magistrats du STF considère en effet que la société est trop divisée sur cette question pour prendre une décision hâtive.

[sociallocker]Depuis quelques années, le Brésil voit les conservateurs s’imposer sur la scène politique. Les évangélistes notamment, sont en première ligne contre les avancées en faveur des transsexuels. Pour eux, des garçons pourront se travestir pour s’introduire dans les toilettes des filles dans les écoles et des femmes seront agressées par des satyres déguisés… Des accusations ridicules pour Maria Berenice Dias, de la commission sur la diversité sexuelle de l’ordre des avocats, qui y voit un ramassis de préjugés. « Les transsexuels qui vont dans les toilettes pour hommes risquent bien plus d’être agressés ! Quant aux écoles, l’élève est enregistré comme transgenre, il ne change pas de sexe à volonté. Et de toute façon, les hommes n’ont pas besoin de se travestir pour agresser les femmes. Ils peuvent le faire tous les jours et n’importe où ».

Selon elle, le problème vient de l’absence de législation en ce qui concerne les transsexuels. « Toutes les décisions rendues en faveur des transsexuels viennent du pouvoir judiciaire. Le pouvoir législatif reste très frileux ». Or, au Brésil, la décision d’une cour ne fait pas office de jurisprudence, elle fait du cas par cas. À chaque fois que le judiciaire fait une avancée, le législatif recule affirme-t-elle. « Les évangélistes sont présents au niveau fédéral, mais surtout dans les chambres des députés des États et municipaux. »

De tradition libérale, le STF devrait finir par juger en faveur du droit d’accès aux toilettes pour un transsexuel. « Même si cela n’aboutit pas à une loi, chaque pas en avant est une victoire. Si le STF juge en faveur du transsexuel, les réactionnaires vont réagir. Et plus le sujet gagne en exposition, plus l’effet pédagogique sur l’ensemble de la société est important.»[/sociallocker]

Jean-Mathieu Albertini

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