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Le mercenaire écarlate

5 min / Par Raphaël Zaccaron / Le 06 juillet 2016 à 11 h 23 min

Le personnage est mégalomane et arrogant. Pire encore, il est résolument psychopathe, cruel, n’accorde que peu d’intérêt à son prochain et possède un goût certain pour les blagues douteuses. Tout en arborant un costume rouge rappelant celui de l’homme araignée, il sillonne la ville de San Francisco et propose ses services aux plus offrants. Sorti en février 2016, Deadpool confirme l’entrée du cinéma de super-héros dans une nouvelle ère.

Port de la cape obligatoire

Historiquement et de façon caricaturale, les super-héros sont des personnages de fiction dont l’objectif est de faire le bien. Ils aident leurs semblables, le font de façon cachée ou non, et disposent le plus souvent de qualités physiques et/ou psychiques leur donnant un avantage certain sur leurs adversaires. Leur alignement en ce qui concerne le bien et le mal est souvent clair, et ils ne franchissent que rarement la frontière entre ces deux conceptions philosophiques. S’ils n’adoptent pas tous une conduite des plus exemplaires et possèdent parfois une conception bien à eux de la justice, allant jusqu’à être considérés comme des hors-la-loi (cf : Batman ou Spider-man), leurs actions vont toujours dans le sens des populations des villes dont ils sont les anges gardiens.

Concernant les adaptations cinématographiques des comics, il est possible de distinguer, et ce de façon assez sommaire, deux périodes incarnées par des partis pris bien précis. La première, allant de la fin des années 1940 au début des années 2000, est caractérisée par la mise en scène de super-héros aux allures chevaleresques. La seconde, que l’on pourrait qualifier de « nouvelle vague », correspond à une période où les réalisateurs commencent à introduire des héros tourmentés -comme cela peut être le cas du Batman de Christopher Nolan- et/ou possédant un caractère badass, à la façon de Wolverine des X-men. Ce choix artistique et scénaristique, répondant à une attente du public moderne et à sa volonté de voir des personnages plus sombres, a ouvert la porte à la réalisation de longs métrages mettant en scène des antihéros. Ces derniers, très populaires chez les adeptes de comics, proposent un autre regard sur l’univers des super-héros.

Image du film ©Fox Movies
Image du film ©Fox Movies

Les antihéros de la nouvelle vague

Alors que les années 2000 ont apporté leur lot de nouveautés, avec notamment l’apparition de super-héros tourmentés, ce sont les années 2010 qui ont confirmé cette tendance par le biais d’adaptations cinématographiques de nombreux récits en lien avec des antihéros. Wolverine, Kick-Ass, Star Lord des Gardiens de la galaxie, Iron Man ou encore Hulk, tous sont des personnages qui ne peuvent être considérés comme des héros à proprement parler. Leurs vices, leurs façons d’appréhender les difficultés ou encore leurs caractères et les qualités qui sont les leurs, font leur originalité. Ils dénotent avec l’idéal du héros classique et proposent une nouvelle approche de la fonction de super-héros.

Si tous ces antihéros ne peuvent être considérés comme de véritables héros, au sens premier du terme, ils n’en demeurent pas moins des personnages qui agissent pour le bien de leurs semblables. Leurs actions varient selon leurs caractéristiques respectives et chacune d’entre elles va dans le sens d’une vision philosophique et communément admise du bien.

Par ailleurs, et il s’agit là de quelque chose d’assez récent, l’apparition et la popularisation de ces antihéros a ouvert la porte à un autre type de personnages. Ces derniers, pouvant eux aussi être qualifiés d’antihéros, n’agissent pas nécessairement dans le sens du bien (dans l’univers des comics en tout cas) mais, dans un même temps, ne sont pas non plus les antagonistes des histoires qui leurs sont relatives. S’ils sont cruels, souvent arrogants, pour la plupart d’entre eux psychopathes et, à leur façon, franchissent régulièrement la frontière entre le bien et le mal, leurs intentions ne sont pour autant pas exclusivement maléfiques. Aussi, le vent de fraîcheur qui accompagne leurs récentes adaptations cinématographiques (courant 2016), ainsi que leur popularité grandissante, pourraient bousculer bien des codes.

DeadPool Cover ©Fox movies
DeadPool ©Fox movies

I’m touching myself tonight

Parmi ces adaptations cinématographiques, on compte Suicide Squad, prévu pour août prochain, ainsi que le désormais populaire Deadpool. Ce dernier, du fait de sa réussite commerciale, a permis la popularisation d’un comic dont il s’est octroyé le luxe d’en retranscrire finement et de façon somme toute assez fidèle l’univers et l’ambiance générale. Si le Batman de Christopher Nolan peut être vu comme un personnage tourmenté constamment en train d’arpenter le sinueux chemin à la frontière entre le bien et le mal, que dire de Wade Wilson, alias Deadpool ? Cet antihéros, décrit comme un « Spiderman avec des flingues » par ses propres créateurs, est l’archétype même du personnage psychopathe, mégalomane et sans foi ni loi. Son humour, fait de blagues douteuses, d’allusions historiques et culturelles, ainsi que sa conscience d’être un personnage de fiction (il s’adresse parfois au téléspectateur ou au lecteur), font de lui un antihéros atypique de l’univers des comics. De même, le rôle de mercenaire qu’il occupe dans ses aventures lui offre la possibilité d’affronter toutes sortes d’adversaires ; super-héros comme antagonistes plus classiques.

En ce qui concerne les apports du long métrage consacré à Deadpool, il est intéressant de voir que celui-ci vient marquer le début d’une ère où le personnage principal d’une œuvre consacrée aux super-héros n’est pas un héros à proprement parler ; ni même un antihéros « classique ». Deadpool, à la façon des membres de la Suicide Squad, n’a pas pour objectif celui de faire le bien comme cela peut être le cas de Batman, d’un membre des Avengers ou bien des habituels antihéros issus des comics et dont les aventures ont été retranscrites au cinéma. Il n’a que faire des enjeux propres au bien ou au mal : il accomplit ses missions pour l’argent, pour se distraire et, tour à tour, ce qu’il fait peut être considéré comme bien ou mal. Tout cela n’a que peu d’importance à ses yeux. Cette vision des choses, atypique au possible dans l’univers des comics et couplée à un humour noir et douteux, rend le personnage de Deadpool unique. Aussi, et au vu de l’accueil reçu par l’adaptation cinématographique de l’une de ses aventures, il ne serait pas étonnant de voir que d’autres comics, comme celui consacré au Punisher, profitent de l’appel d’air créé et subissent un traitement similaire.

Raphaël Zaccaron

Photo : ©Fox Movies

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