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Les nouveaux apôtres de la performance ?

6 min / Par Raphaël Zaccaron / Le 07 juin 2016 à 13 h 06 min

Présentés comme des produits miracles par le marketing, adoubés par certains adeptes de culturisme et autres athlètes en quête de performance, les compléments alimentaires destinés aux sportifs sont pourtant régulièrement critiqués. Catalogués de substances dopantes, de produits peu naturels et dangereux pour la santé, qu’en est-il réellement de ce présumé fléau ?


Mieux appréhender les compléments alimentaires, c’est d’abord comprendre ce à quoi ils renvoient du point de vue de la législation. De fait, et selon la Communauté européenne, il s’agit de « sources concentrées de nutriments ou d’autres substances ayant un effet nutritionnel ou physiologique afin de compléter un régime alimentaire normal ». Le plus souvent commercialisés sous forme de capsules, de pastilles, de pilules, en sachet ou en flacon, ils ont pour intérêt, si l’on se base sur les dires mercantiles des enseignes qui les distribuent, de booster les performances des sportifs en leur apportant ce qu’une alimentation dite « normale » peut difficilement faire. Aussi, et pour ces raisons, leur popularité croissante depuis la fin des années 1990 s’explique aisément. Seulement, que savons-nous de la qualité de ces produits ? Existe-t-il des normes et des certifications attestant de leur efficacité et de leur non-dangerosité ?

I – Un phénomène illusoire ?

Comme pour la majorité des produits, qu’ils soient destinés à la consommation ou non, les compléments alimentaires ne sont pas tous de bonne qualité. Certains contiennent des substances considérées comme dopantes et/ou dangereuses pour la santé, d’autres ne sont pas produits suivant des règles d’hygiène irréprochables et, bien entendu, leur consommation est vivement déconseillée (voire interdite). [sociallocker]Ces produits, bien qu’étant pour une majorité d’entre eux interdits de vente en France, sont aisément accessibles sur le Web. Il s’agit là d’un problème assez grave qui, à défaut d’être totalement résoluble, peut être endigué. Effectivement, il existe des normes qui se veulent être les garantes de la qualité intrinsèque des compléments alimentaires. Ces dernières, présentes sur les emballages sous forme de sigles, permettent de distinguer les bons produits des mauvais. Elles offrent aux consommateurs la possibilité d’avoir la certitude que les substances présentes dans leurs achats sont naturelles et non pas synthétiques. De fait, si les compléments alimentaires ont pour objectif celui de pallier une carence au sein de l’alimentation d’un sportif, il est également primordial qu’ils soient constitués de composantes que l’on peut également (et uniquement) obtenir par le biais de l’alimentation.

En ce qui concerne l’utilité effective des compléments alimentaires, il faut prendre en compte et comprendre différentes choses. Premièrement, ce ne sont pas des produits indispensables à la progression d’un sportif ; peu importe son niveau de pratique. Effectivement, et ce selon la Société Française de Nutrition du Sport (SFNS), « par principe et de façon générale, pour les pratiquants d’activités physiques et pour la majorité des sportifs, quel que soit leur niveau de performance, […] une alimentation équilibrée et diversifiée par les produits courants, privilégiant les aliments de bonne à haute densité nutritionnelle, suffit à satisfaire leurs besoins spécifiques ».

Deuxièmement, si ce type d’alimentation suffit à la majorité des sportifs, cela n’est pas nécessairement le cas pour les pratiquants de disciplines très spécifiques telles que le culturisme ou l’haltérophilie. Aussi, lorsque ceux-ci atteignent un certain niveau de pratique, leur progression est souvent conditionnée par leur alimentation et les différents apports énergétiques lui étant liés. De fait, les compléments alimentaires leur offrent la possibilité de remplacer certains de leurs cinq repas (parfois plus) par des collations bien plus commodes à consommer dans le cadre d’un emploi du temps traditionnel régi par une activité professionnelle n’étant pas liée à leur pratique sportive.

En définitive, et c’est là quelque chose de primordial : il ne s’agit que de compléments. C’est-à-dire qu’ils ne sont pas faits pour être des substituts à une alimentation saine et équilibrée ou encore à une activité physique. Leur intérêt n’est autre que de fournir au corps ce que celui-ci ne peut ingérer, en quantité suffisante en tout cas, par le biais de l’alimentation. De fait, aucun d’entre eux ne peut et ne doit être appréhendé comme un produit miracle capable de booster certaines performances sportives. Si c’était le cas, il s’agirait de produits dopants.

II – Un jeu dangereux ?

Lorsque l’on s’intéresse à la question des compléments alimentaires, il est courant d’être confronté à des informations tout à fait contradictoires. De fait, ceux-ci font régulièrement l’objet d’un débat autour de leur potentielle dangerosité et de leurs perspectives dopantes. Ces interrogations, et si l’on se place du point de vue d’un sportif susceptible d’en consommer, sont tout à fait légitimes. Pour cette raison, il est important de s’intéresser et de se fier au seul avis des médecins et autres spécialistes de la question.

Effectivement, et en ce qui concerne la dangerosité potentielle de ces compléments, il faut appréhender la problématique de deux façons différentes. Premièrement, certains de ces produits contiennent des substances dangereuses et sont susceptibles de nuire à la santé. Leur vente est la plupart du temps interdite en France mais, en cas de doute et afin de les distinguer des produits sains, il est important de se référer aux différentes normes présentes ou non sur leurs emballages. Celles-ci sont les garantes de leur qualité intrinsèque. Deuxièmement, il est préférable de se renseigner auprès d’un spécialiste avant d’avoir recours à la consommation de compléments alimentaires. En effet, et selon l’avis de l’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments (AFSSA), « [leur] consommation ne doit être motivée que par la nécessité de compléter des apports nutritionnels insuffisants que seul le médecin ou le diététicien aux compétences reconnues en nutrition et alimentation du sportif est en mesure d’évaluer ». Il est important de comprendre que si certains de ces compléments sont sains et de qualité, ils n’en demeurent pas moins des produits qui doivent être consommés de façon encadrée. Il en va de la santé du sportif.

Concernant leurs perspectives dopantes, il est nécessaire d’appréhender la question en gardant en tête ce qui fait qu’un produit peut être qualifié de dopant. Effectivement, seuls les compléments alimentaires dont l’une des composantes est inscrite au sein de la Liste des interdictions de l’Agence Mondiale Antidopage peuvent être considérés comme dopants. Aussi, la norme NF V 94-001, que l’on peut retrouver sur les emballages de certains compléments à destination des sportifs, est la seule certification en mesure de garantir l’absence de substances en inadéquation avec l’éthique sportive.

En définitive, les compléments alimentaires à destination des sportifs, et ce dans la mesure où ils respectent les différentes normes évoquées précédemment, ne peuvent être considérés comme des produits dopants ou dangereux pour la santé. Seulement, il est important de comprendre que s’ils ne sont pas dangereux en tant que tels, le fait d’y avoir recours doit idéalement être accompagné d’un suivi par un médecin ou un diététicien du sport. Ces produits représentent des sources concentrées de nutriments ou d’autres substances qui, à la façon de nombreux aliments, ne doivent pas être consommés en trop grande quantité sans prendre de précautions.

Aussi, et parce qu’il s’agit là d’une problématique centrale concernant ces produits, il est primordial de retenir que leur consommation n’est pas nécessaire à la progression d’un sportif. De fait, et peu importe la discipline, une alimentation équilibrée et adaptée à la pratique en question reste la solution la plus saine à adopter. Si la consommation de compléments alimentaires ne doit pas être considérée comme du dopage, il faut tout de même veiller, pour certains sportifs, à ne pas entrer dans une conduite dopante afin de respecter l’éthique sportive. Il ne s’agit pas d’avoir recours à des produits afin de surmonter certaines difficultés. Le sport est fait d’épreuves, et c’est aussi ça qui fait sa beauté.[/sociallocker]

Raphaël Zaccaron

Crédits photo de couverture : Gym – CC-BY-SA / Adifansnet

Le + : normes et certifications

– HACCP (Hazard Analysis Critical Control Point)

Il ne s’agit pas d’une norme en soi, mais plutôt d’une méthode de travail. Celle-ci, développée au sein de la NASA, servait à garantir la sécurité des aliments des astronautes. Elle est nécessaire à l’obtention de certaines normes et garantit au consommateur qu’il peut consommer un produit sans prendre de risques alimentaires.

– BPF ou GMP (Bonnes Pratiques de Fabrication ou Good Manufacturing Practices)

Cette norme garantit la qualité générale d’un produit. Les principes de l’HACCP sont nécessaires à son obtention, tout comme le respect des directives de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) et de celles des normes nationales propres à chaque pays.

– ISO 22000

L’ISO 22000 correspond à une norme internationale qui atteste de la non-dangerosité d’une denrée alimentaire. À la différence des BPF, ses principes engagent tous les intervenants impliqués dans la chaîne de production d’un produit ; pas uniquement le fabricant final.

– NF V 94-001

Il s’agit de la norme antidopage. Tout produit la stipulant sur son emballage atteste de l’absence de substances dopantes en son sein. Pour cette raison, le CNOSF (Comité National Olympique et Sportif Français) recommande aux sportifs de n’utiliser que des produits bénéficiant de cette mention.

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