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Trithérapie : vingt ans et toutes ses dents

3 min / Par Camille Cohignac / Le 28 juin 2016 à 8 h 21 min

Se frayant un chemin au milieu des scandales sanitaires, certaines pilules issues de combats sans relâche ont été de véritables révolutions qui ont contribué à sauver ou améliorer la vie de millions de personnes. C’est le cas notamment de la trithérapie.


Cela fait vingt ans cette année que les premières trithérapies ont été mises sur le marché. Cette combinaison thérapeutique associant trois médicaments antirétroviraux pour lutter contre le VIH a permis d’allonger considérablement l’espérance de vie des personnes porteuses du virus.

Si elle ne guérit pas l’infection, elle empêche au moins la réplication du virus dans l’organisme et permet au système immunitaire de se renforcer. Une solution qui, si elle est mise en place suffisamment tôt, permet d’égaliser l’espérance de vie du porteur avec celle d’un non-porteur.

Mais bien qu’ils aient sauvé des millions de vies, les antirétroviraux combinés ne sont pas sans conséquence sur le patient. Effets secondaires terribles et toxicité, une fois passés les premiers mois qui améliorent leur état de santé, la trithérapie peut devenir un véritable cauchemar et les patients sont parfois tentés de réduire les doses pour améliorer leur qualité de vie. Une situation dangereuse qui a trouvé un écho médical de poids auprès de l’un des pionniers du VIH en France, le docteur Jacques Leibowitch.

Le médecin dirige actuellement et depuis treize ans à l’hôpital Raymond-Poincaré de Garches un protocole de recherche sur l’intermittence de la prise d’antirétroviraux, baptisé ICCARRE. L’idée est de diminuer considérablement la prise de la trithérapie.  Après un traitement débutant avec six à neuf mois de prise quotidienne de la trithérapie pour abaisser la charge virale à un niveau indétectable afin que le sujet ne soit plus contaminant, le but est de diminuer progressivement la prise du traitement.

Aujourd’hui, certains patients peuvent vivre avec une seule prise par semaine. Une avancée primordiale pour la santé physique, mais aussi psychologique des personnes contaminées.

Un protocole à ne pas prendre à la légère, car certaines personnes n’ont pas attendu les tests du docteur Jacques Leibowitch pour diminuer elles-mêmes leur traitement avec les conséquences dramatiques que peut avoir une telle initiative si elle n’est pas suivie de près par des médecins, car si la diminution est vérifiée au début, une rechute est toujours possible.

Aujourd’hui, le programme ICCARE est toujours à l’état de test. Mais il est très prometteur. Seuls 10% des patients présentent une résistance à cette forme de traitement et doivent continuer la prise quotidienne.

Ces petites pilules sont une alternative primordiale en attendant l’arrivée du vaccin, tant attendu, mais jamais trouvé en 30 ans de recherches, car si la trithérapie permet d’allonger l’espérance de vie, elle n’éradique pas encore le virus du corps du patient.

Rappelons quand même que ce seraient 35 millions de personnes dans le monde qui vivaient avec le VIH en 2013, et 1,5 million qui en sont mortes selon le rapport ONUSIDA de 2014.

Camille Cohignac

Photo : rubans Sidaction – CC0

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