Street art à Dublin / CC0

Street art : de la rue aux galeries

3 min / Par Camille Cohignac / Le 17 mai 2016 à 9 h 23 min

Argument touristique, outils de revendication ou encore moyen de se faire connaître, le street art a plusieurs visages et plusieurs combats. 


Au fil des années, le street art est devenu un excellent argument touristique. Les pouvoirs publics utilisent à leur avantage les oeuvres de la rue créées par des artistes qu’ils ont condamnés pendant tant d’années auparavant. Le 13e arrondissement de Paris en est un excellent exemple. Son maire, Jérôme Coumet, a déclaré que « le Street Art est un formidable moyen de rendre l’art accessible au plus grand nombre tout en embellissant l’environnement urbain dans lequel nous vivons. » La mairie du 13e arrondissement de Paris est donc en train de développer un véritable parcours touristique autour du street art. Reconnu à présent comme un art à part entière, les villes en font commande comme cette fresque réalisée par l’artiste « Obey » dont l’arrondissement fait la promotion dans cette video postée sur leur site.

Mais pour d’autres street artistes, la beauté de cet art réside dans la liberté de s’exprimer et dans la beauté de l’interdit.

[sociallocker]C’est en tout cas ce que pense le street artiste italien « Blu » qui a décidé en mars dernier d’effacer toutes les oeuvres qu’il avait réalisées ces vingt dernières années dans les rues de Bologne comme le relate cet article publié dans le Monde. Cet acte quelque peu radical exprime l’opposition de l’artiste à une exposition intitulée « Street Art, Banksy & Co. L’arte allo stato urbano » (l’art à l’état urbain) qui commençait le 18 mars à Bologne. L’exposition rassemble 250 oeuvres retirées à la rue afin de les préserver des démolitions éventuelles et des aléas du temps. Des initiatives comme celle-ci, il y en a de plus en plus. Le street art intègre les musées et les galeries d’art. Avec ou sans l’accord des intéressés. Comme ici dans le cas de Blu.

Oeuvre de Blu recouverte en gris ©DR
Œuvre de Blu recouverte en gris ©DR

Dans le but de la prévention du graffiti illégal, certaines mairies s’ouvrent aux artistes urbains. Comme la mairie du 13e arrondissement de Paris, elles mettent des murs à disposition des artistes afin qu’ils puissent s’exprimer dans un cadre légal. Le public est souvent accueillant vis-à-vis de ces projets qui ne font plus figure de vandalisme, mais bien d’oeuvres d’art.

Pour le street artiste Blu qui s’exprime dans une lettre ouverte publiée sur le site d’un collectif d’écrivains italiens, l’exposition enjolive et légitime l’enlèvement d’œuvres dans la rue, ce qui a pour unique finalité de « satisfaire des collectionneurs et marchands peu scrupuleux ».

Il rajoute que « de nature subversive, illégale et éphémère, le street art attise les convoitises. Après avoir criminalisé et qualifié le graffiti d’acte de vandalisme, après avoir opprimé la subculture, après avoir fait évacuer les lieux qui servaient de laboratoires pour les street artistes, les politiques de Bologne se positionnent maintenant comme des sauveurs du street art ».

Un point de vue qui n’est pas partagé par tous les street artistes pour qui vivre de son art est parfois un but et la rue le moyen de se faire connaître.

Le graffeur Jerome Mesnager écrit « l’un nourrit l’autre, dans tous les sens du terme d’ailleurs, l’un paye l’autre. Tantôt c’est la commande d’un mur qui va financer tout un tas de tableaux, tantôt c’est la vente des tableaux qui finance la peinture que je vais utiliser dans la rue gratuitement ».

Les oeuvres du graffeur sont d’ailleurs en vente sur le site marchand Artsper qui dédie toute une vente au street art dont le prix de vente peut atteindre plusieurs milliers d’euros. Une retraite paradoxale pour certaines oeuvres « dites de la rue », qui n’y finiront jamais leur jour…[/sociallocker]

Camille Cohignac

Photo de couverture : Street art dans les rue de Dublin (Irelande) / CC0 

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